On était un mercredi et on commençait par l'espagnol cette année. Je connaissais le prof prévu. Il était as très drôle d'ailleurs, mais bon, je n'étais pas là pour lui de toute façon... Non, j'avais déjà ma cible, ma proie, ma victime. Il était là, devant moi, proche de moi, presque à ma merci. Il ne savait pas que j'étais derrière lui mais je supposais qu'il le devinait, j'étais nulle part ailleurs dans la salle.
Les filles, bien sûr, se tournaient vers lui, le regardaient, le contemplaient, mais pourquoi ? Il était beau mais était-il malin ? J'osais penser qu'il s'agissait d'une question bête de ma part car j'ai failli oublier que les adolescentes d'aujourd'hui, du moins certaines, comme ces drôles de bêtes que j'observais, n'étaient intéressées que par ça, le physique. Le futur était d'avance foutu. Il y avait même des jours où je me demandais pourquoi on essayait finalement de sauver la terre quand on voyait le nombre et le genre de personne, qui s'en rendaient pas forcément compte mais faisaient que finalement ça ne servait à rien. Mais je pensais qu'il était possible de résister. La bêtise humaine n'était pas officielle pour moi, on pouvait forcément lui survivre. Moi j'étais une survivante. Du moins je tentais d'en être une. Par exemple je venais en cours et j'écoutais. C'est de là qu'on apprenait à éviter les pièges de la bêtise. Après, c'était à toi de faire le reste. Le problème, c'était que certains lâchaient prise avant même la fin de l'apprentissage, la première erreur qui te faisait tomber dans le piège. Je me suis emballée, comme d'habitude. Alors, voilà, le prof s'est approché de moi et d'un coup s'est mis à taper sur ma table. Encore un con qui croyait que c'était en me faisant peur qu'on allait me faire intégrer à leur connerie...
- Alors, on ne suit pas ? Me fit-il avec son grand air de grand prof qui savait toujours tout sur tout, comme un roi régnant sur son petit peuple qui, si jamais ne le suivait pas, devait être puni. Moi, le petit peuple, j'essayais de m'en tirer sans trop de casse.
- Pourquoi faire ? J'ai des longueurs d'avance sur cette séance. Là, c'est du cours de sixième que vous donnez et moi je suis en terminale.
- Et bien, si tu t'ennuies tant que ça, tu n'as qu'a faire avancer le cours et participer !
Petit moment de silence. Dans ma tête ça sautait sur place, cherchait à se sauver et laisser l'interlocuteur entendre ce qu'il y avait à entendre. Dans ce cas là c'était plutôt : « Bonne idée, mais non, j'ai pas envie. »
- Si vous voulez...Répondis-je en me retenant de rire ou de lui renvoyer un truc auquel il ne saurait rien dire.
Ah oui ! Surtout ne jamais défier le prof avec ce que l'on savait et que lui ne savait pas forcément, il supporte rarement ce genre de truc. Il pourrait se sentir inutile et donc incapable de recevoir ce pourquoi il était là, ceci pouvant le rendre aussi agressif qu'un pit-bull. Ah ! Le pouvoir de l'argent... Bref, il retournait à son petit tableau et tentait de regagner l'attention de ses petits élèves qui pourtant dessinaient, discutaient ou, surtout les filles, s'accrochaient à mon bout de viande sur pattes. La classe était bien faite dites-donc !
Fin du cours, direction le prochain spectacle, le cours de mathématiques. Ce n'était pas ma tasse de thé mais bon, j'y allais quand même, histoire d'être présente. Et puis, j'avais mon petit projet à poursuivre, je n'allais quand même pas y renoncer si facilement, ça aurai été bien dommage. Donc j'arpentais les murs du cher lycée dans lequel j'étais jusqu'à la salle respective. J'avais dû marcher assez lentement car déjà tous les élèves de ma brave classe étaient postés devant la porte, prêts à bondir sur une place qui les éloignerait du prof et ainsi, peut être, aux questions pénibles que ce dernier pourrait poser. Et puis, il ne fallait pas laisser aux autres le plaisir de penser qu'ils étaient de vraies têtes d'ampoules pour se mettre aussi prêt du tableau... « Pff... Minable... »